La règle 3-2-1 est la première chose qu’on apprend sur les sauvegardes : trois copies des données, sur deux types de supports différents, dont une hors site.
Elle a été conçue contre les pannes et les sinistres. Elle ne protège pas contre un attaquant qui a le temps de regarder ce que vous sauvegardez, et où.
La règle porte sur la redondance, pas sur la résistance à une compromission ni sur la capacité effective à restaurer — les deux points qui font échouer les reprises réelles.
Ce que la règle couvre bien
La défaillance matérielle, l’erreur humaine, l’incendie, le dégât des eaux. Trois copies rendent la perte simultanée improbable ; deux supports évitent qu’un défaut de série emporte tout ; la copie hors site couvre le sinistre local.
Pour ces scénarios, elle reste parfaitement valable.
Ce qu’elle ne couvre pas
La compromission des sauvegardes elles-mêmes
Un attaquant qui obtient des droits d’administration ne commence pas par chiffrer. Il commence par chercher le système de sauvegarde, et il le neutralise : suppression des points de restauration, chiffrement des volumes, modification des rétentions.
Trois copies accessibles depuis le même domaine d’administration valent une seule copie. La multiplication ne sert à rien si le point de contrôle est commun.
La propagation silencieuse
Le délai entre l’intrusion initiale et le déclenchement se compte souvent en semaines. Pendant ce temps, vos sauvegardes tournent — et sauvegardent un système déjà compromis.
Une rétention de quatorze jours signifie que si l’attaquant est présent depuis trois semaines, aucune de vos sauvegardes n’est saine.
La durée de restauration
Avoir les données ne suffit pas. Restaurer plusieurs téraoctets sur une infrastructure à reconstruire prend des jours. Si votre plan annonce une reprise en quatre heures et que personne n’a jamais chronométré, le chiffre est décoratif.
Ce qu’il faut ajouter aujourd’hui
Une copie hors de portée
C’est l’ajout le plus important. Une sauvegarde immuable — non modifiable et non supprimable pendant une durée définie — ou physiquement déconnectée. L’objectif est qu’aucun compte d’administration du système d’information ne puisse la détruire.
C’est ce qu’on désigne parfois par l’extension « 3-2-1-1-0 » : une copie immuable ou hors ligne, et zéro erreur à la vérification.
Un cloisonnement des identités
Le système de sauvegarde ne doit pas s’administrer avec les mêmes comptes que le reste. C’est une application directe du cloisonnement par niveaux : si le compte qui administre les serveurs administre aussi les sauvegardes, la séparation est fictive.
Une rétention alignée sur la durée de présence
Puisqu’un attaquant peut rester des semaines, la rétention doit permettre de remonter au-delà. Une politique combinant plusieurs profondeurs — quotidienne sur un mois, hebdomadaire sur plusieurs mois, mensuelle au-delà — donne des points de reprise réellement utilisables.
Des tests de restauration réels
Une sauvegarde jamais restaurée n’est pas une sauvegarde, c’est une hypothèse. Le test doit porter sur une restauration complète, chronométrée, sur une infrastructure de remplacement — pas sur la relecture d’un fichier isolé.
C’est aussi ce que demande la norme : la mesure 8.13 d’ISO/IEC 27002:2022 impose de tester régulièrement les supports et les procédures.
Ce que la réglementation attend
L’article 21 de NIS 2 cite explicitement la gestion des sauvegardes parmi les mesures exigées, au titre de la continuité.
Le RGPD, à son article 32, impose la capacité de rétablir la disponibilité et l’accès aux données dans des délais appropriés.
Dans les deux cas, l’exigence porte sur la capacité démontrée, pas sur l’existence d’un dispositif. Un rapport de test de restauration daté vaut mieux qu’une politique de dix pages.
Les six questions à se poser
Quel compte peut supprimer une sauvegarde ? Combien de personnes disposent de ce droit ?
Existe-t-il au moins une copie qu’aucun administrateur du SI ne peut détruire ?
Jusqu’à quand puis-je remonter, et cette profondeur dépasse-t-elle une durée de présence plausible ?
Quand une restauration complète a-t-elle été testée pour la dernière fois, et combien de temps a-t-elle pris ?
Les sauvegardes sont-elles chiffrées, et où sont les clés ?
Que faisons-nous si le système de sauvegarde lui-même est indisponible ?
Si la réponse à la deuxième question est « non », c’est le chantier à ouvrir en premier. Il coûte moins cher que tout le reste et change l’issue d’une attaque.
Sources
ISO/IEC 27002:2022, mesure 8.13 — sauvegarde des informations
Le dimensionnement des sauvegardes découle du bilan d’impact sur l’activité, traité dans notre article sur PCA, PRA et gestion de crise. Nous auditons ces dispositifs dans le cadre de l’audit 360.
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